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Tireur d'art : un métier enfin reconnu par l'État (2026)

2026-09-01 · 7 min · Tristan Sidem & Raphaël Lebas de Lacour

Le 15 avril 2026, une annonce discrète a fait date pour toute une profession : Thomas Consani, tireur noir et blanc du laboratoire parisien Picto depuis plus de quarante ans, a été nommé au dispositif Maîtres d'art – Élèves du ministère de la Culture, avec pour élève Alexandre Dias Lopes (Picto). C'est la première fois depuis la création du dispositif, en 1994, que le métier de tireur y entre. Autrement dit : pour la première fois, l'État français reconnaît le tirage photographique comme un savoir-faire d'exception, au même titre que les grands métiers d'art. Cet article raconte ce que cette reconnaissance signifie — et pourquoi elle arrive à un moment charnière.

L'essentiel à retenir

  • Le 15 avril 2026, Thomas Consani (Picto) est nommé Maître d'art, avec Alexandre Dias Lopes pour élève — une première pour le métier de tireur depuis la création du dispositif en 1994.
  • Le dispositif Maîtres d'art – Élèves organise une transmission de trois ans entre un maître et son élève ; il est opéré depuis 2012 par l'Institut pour les Savoir-Faire Français. La promotion 2026 compte 8 binômes.
  • Il n'existe aucun diplôme « tireur d'art » en France : le métier s'apprend à l'atelier, par transmission — c'est précisément ce que le dispositif vient consacrer.
  • Victor Gassmann (Picto) : « c'est la première fois que le métier de tireur est reconnu comme savoir-faire d'exception par l'État ».
  • La reconnaissance tombe à la veille du bicentenaire de la photographie (2026-2027), dont l'exposition-manifeste ouvre à l'automne 2026 au Grand Palais.

Que s'est-il passé le 15 avril 2026 ?

Le ministère de la Culture a dévoilé la promotion 2026 du dispositif Maîtres d'art – Élèves : huit binômes, dont, pour la première fois, un binôme de tireurs (culture.gouv.fr). Thomas Consani, qui pratique le tirage noir et blanc à l'agrandisseur chez Picto depuis plus de quarante ans, transmettra son savoir-faire à Alexandre Dias Lopes pendant trois ans.

Chez Picto, Victor Gassmann a salué l'annonce en des termes qui disent bien l'enjeu : « Cette distinction est une excellente nouvelle pour toute la profession » ; « Le tirage noir et blanc à l'agrandisseur est à l'origine même de la création de PICTO » ; et surtout : « c'est la première fois que le métier de tireur est reconnu comme savoir-faire d'exception par l'État » (Picto).

Le dispositif Maîtres d'art : trois ans pour transmettre

Créé en 1994 par le ministère de la Culture, le titre de Maître d'art distingue des professionnels détenteurs de savoir-faire rares, à charge pour eux de les transmettre à un élève pendant trois ans. Le dispositif est opéré depuis 2012 par l'Institut pour les Savoir-Faire Français (ex-Institut National des Métiers d'Art), qui tient d'ailleurs une fiche métier « photographe technicien » — la seule trace institutionnelle du métier avant 2026.

Le tirage rejoint ainsi des savoir-faire photographiques déjà distingués : Fanny Boucher, héliograveuse de l'atelier Héliog à Meudon, porte le titre de Maître d'art pour l'héliogravure — nous racontons son travail dans notre carte des tireurs de procédés anciens en Europe.

Pourquoi cette reconnaissance compte-t-elle ?

Théodore-Henri Fresson dans son atelier, vers 1930 — l'inventeur du charbon direct que sa famille transmet depuis cinq générations.
Théodore-Henri Fresson dans son atelier, vers 1930 — l'inventeur du charbon direct que sa famille transmet depuis cinq générations.

Parce que le métier de tireur n'a aucune existence académique. Il n'y a pas de diplôme « tireur d'art » en France — un CAP Photographe, des bacs professionnels et des BTS forment à la photographie en général, mais le tirage, lui, s'apprend à l'atelier, devant la cuve et sous l'agrandisseur, auprès de quelqu'un qui sait. Quand la chaîne de transmission se rompt, le savoir disparaît : c'est la leçon que nous tirions déjà de l'histoire du panotype, procédé mort faute d'avoir été transmis, quand le charbon Fresson vit encore parce qu'une famille l'a porté — cinq générations se sont succédé depuis 1899.

L'histoire du métier est riche de figures restées longtemps dans l'ombre. Voja Mitrovic, né en 1937, fut chez Picto le tireur d'Henri Cartier-Bresson de 1967 à 1997 et celui de Josef Koudelka pendant une trentaine d'années — Exiles, Chaos et d'autres livres majeurs portent, sans le dire, sa main. La reconnaissance de 2026 vient nommer ce que ces carrières avaient prouvé : derrière beaucoup de grandes photographies, il y a un grand tireur.

Un timing qui n'a rien d'un hasard : le bicentenaire

Le procédé en cours à l'atelier Maison Picturale, Paris 20e — chaque couche posée à la main.
Le procédé en cours à l'atelier Maison Picturale, Paris 20e — chaque couche posée à la main.

La nomination de 2026 tombe l'année où la France ouvre le bicentenaire de la photographie (2026-2027) : exposition-manifeste à l'automne 2026 au Grand Palais avec le Centre Pompidou, festival dans la nef en 2027, exposition Niépce à Chalon-sur-Saône avec la BnF (bicentenairephotographie.culture.gouv.fr). Au moment où le pays célèbre deux cents ans d'images, il consacre aussi ceux qui les fabriquent.

Pour un atelier comme le nôtre, qui pratique le tirage pigmentaire en chimie non toxique à Paris et le transmet, cette double actualité dit une chose simple : le tirage n'est pas une survivance, c'est un métier vivant — et il se transmet aujourd'hui, en France, avec le soutien de l'État.

FAQ — Le métier de tireur d'art

Qu'est-ce qu'un tireur d'art ?

C'est l'artisan qui fabrique le tirage — l'objet photographique — à partir de l'image d'un photographe : interprétation des densités, choix du papier et du procédé, maîtrise de la chimie. Le photographe voit ; le tireur fait exister ce qu'il a vu. Nous détaillons ce dialogue dans commander un tirage d'art.

Existe-t-il un diplôme de tireur d'art ?

Non. Il existe des formations générales à la photographie (CAP, bacs professionnels, BTS), mais aucun diplôme dédié au tirage. Le métier s'apprend par transmission en atelier — c'est exactement ce que le dispositif Maîtres d'art – Élèves finance et organise pendant trois ans.

Qui est Thomas Consani ?

Tireur noir et blanc du laboratoire Picto, à Paris, depuis plus de quarante ans. Sa nomination comme Maître d'art en avril 2026, avec Alexandre Dias Lopes pour élève, est la première du genre pour un tireur.

Le titre de Maître d'art concerne-t-il aussi les procédés anciens ?

Oui : Fanny Boucher (atelier Héliog, Meudon) est Maître d'art pour l'héliogravure. La promotion 2026 élargit la reconnaissance au tirage argentique — et conforte tous les ateliers qui font vivre les procédés photographiques historiques.

Conclusion

Tirage au charbon réalisé à l'atelier Maison Picturale — procédé pigmentaire en chimie non toxique.
Tirage au charbon réalisé à l'atelier Maison Picturale — procédé pigmentaire en chimie non toxique.

Un métier existe deux fois : dans les mains de ceux qui le pratiquent, et dans le regard que la société porte sur lui. Le 15 avril 2026, le métier de tireur a gagné la seconde existence. À Maison Picturale, nous y voyons une confirmation de ce que nous faisons chaque jour : tirer des œuvres en procédés pigmentaires — charbon, gomme — en chimie entièrement non toxique, et transmettre ces gestes pour qu'ils survivent à notre génération.