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Le panotype : la photographie sur toile et sur cuir (1852-1853)

2026-09-01 · 7 min · Tristan Sidem & Raphaël Lebas de Lacour

Le panotype (ou pannotype) est l'un des rares procédés photographiques du XIXᵉ siècle à être véritablement mort : à notre connaissance, plus personne au monde ne le pratique. Inventé vers 1852-1853, il consistait à transférer un positif direct au collodion sur un support souple — toile enduite, cuir ciré noir. Il promettait une photographie incassable ; c'est son support qui l'a trahi. Cet article retrace son histoire, explique son principe sans en donner la recette, et raconte sa redécouverte inattendue en 2019 dans les registres des National Archives britanniques.

L'essentiel à retenir

  • Le panotype est un positif direct au collodion transféré sur toile ou cuir, de la même famille que l'ambrotype (verre) et le ferrotype (métal).
  • Il est généralement daté de 1852-1853, avec un différend de paternité jamais tranché entre Jean Nicolas Truchelut, élève de Daguerre, et la maison parisienne Wülff & Co.
  • Son argument commercial était l'incassabilité — mais l'enduit du support se craquelle avec le temps, et très peu d'exemplaires ont survécu.
  • Aucun praticien contemporain identifié : c'est un procédé éteint, connu surtout par les collections et les archives.
  • En 2019, des panotypes ont été redécouverts là où personne ne les cherchait : dans les registres de dépôt de dessins et modèles des National Archives britanniques (série BT 43/67).

Qu'est-ce qu'un panotype ?

Un panotype est une photographie au collodion en positif direct, comme l'ambrotype — mais au lieu de rester sur sa plaque de verre, l'image est décollée puis transférée sur un support souple : toile cirée noire, cuir, parfois toile enduite. Le nom vient du latin pannus, l'étoffe. Le Getty Art & Architecture Thesaurus recense le terme et ses variantes orthographiques (pannotype, avec un ou deux n) (Getty AAT, notice « pannotype »).

Le principe est celui de toute la famille du collodion : une image négative très claire, posée sur un fond noir, se lit comme un positif. Sur le verre de l'ambrotype, le fond noir est un vernis ou un tissu placé derrière. Sur le panotype, le support souple est le fond noir — l'image et son support ne font plus qu'un.

Nous décrivons ici le principe, pas le mode opératoire : le panotype appartient à l'histoire, et c'est comme objet d'histoire que nous le regardons — le regard du tireur qui reconnaît dans ce transfert d'image l'ancêtre des reports que pratiqueront plus tard les procédés pigmentaires, comme le charbon.

Ambrotype sur verre et panotype sur toile ou cuir : même image au collodion, deux supports — et le craquèlement qui a condamné le second.
Ambrotype sur verre et panotype sur toile ou cuir : même image au collodion, deux supports — et le craquèlement qui a condamné le second.

1852-1853 : une invention à la paternité disputée

Le panotype apparaît à Paris au tournant de 1852-1853, et deux noms se disputent sa paternité — le différend n'a jamais été tranché :

  • Jean Nicolas Truchelut, photographe formé auprès de Daguerre, qui en revendiqua l'invention ;
  • Wülff & Co., chimistes-droguistes parisiens, qui présentèrent le procédé à l'Académie des sciences en 1853 — sans que leur demande de brevet n'aboutisse jamais.

La formulation prudente que retiennent les historiens — et que nous retenons — est celle-ci : procédé généralement daté de 1852-1853, paternité disputée. C'est un cas d'école du climat des années 1850, où les inventions photographiques se succédaient plus vite que les brevets ne pouvaient les suivre.

La promesse : une photographie incassable

L'argument de vente du panotype était simple : l'ambrotype se brise, le panotype non. Une photographie sur cuir pouvait voyager dans une malle, être cousue dans un médaillon souple, suivre son propriétaire aux colonies. À une époque où le portrait photographique devenait un objet intime et transportable, l'idée avait de quoi séduire.

L'ironie est cruelle : c'est précisément le support qui a condamné le procédé. L'enduit des toiles et le cuir ciré se craquellent en vieillissant, emportant l'image avec eux. L'ambrotype cassé se perdait d'un coup ; le panotype s'est effacé lentement, exemplaire par exemplaire. C'est pourquoi il en subsiste si peu dans les collections publiques — et pourquoi le procédé est aujourd'hui si mal connu, y compris des amateurs de photographie ancienne.

2019 : la redécouverte dans les registres des National Archives

L'épisode le plus étonnant de l'histoire du panotype est récent. En 2019, des chercheurs des National Archives britanniques ont identifié des panotypes conservés là où personne n'aurait songé à chercher des photographies : dans les registres de dépôt de dessins et modèles industriels de la série BT 43/67 (The National Archives, The pannotype mystery). Des fabricants y avaient collé des épreuves photographiques sur tissu pour protéger leurs motifs — sans se douter qu'ils constituaient, pour le XXIᵉ siècle, l'une des rares réserves de panotypes documentés au monde.

Cette redécouverte illustre une leçon que nous aimons à l'atelier : le patrimoine photographique ne dort pas seulement dans les musées. Il dort aussi dans les archives administratives, les fonds notariaux, les registres commerciaux — partout où une image a servi à autre chose qu'à être regardée.

Que reste-t-il du panotype aujourd'hui ?

Théodore-Henri Fresson — son procédé, né en 1899, est toujours vivant, contrairement au panotype
Théodore-Henri Fresson — son procédé, né en 1899, est toujours vivant, contrairement au panotype

Rien de vivant, et c'est ce qui le rend précieux. Aucun praticien contemporain identifié ne fait revivre le procédé — contrairement au collodion sur verre ou sur métal, qui connaît un vrai renouveau. Le panotype est un fossile : il se regarde dans les collections, il ne se commande pas.

Ce destin le distingue des procédés que nous racontons d'habitude dans ce Journal — le tirage Fresson, pratiqué sans interruption depuis 1899, ou les procédés pigmentaires que l'atelier tire encore. Entre un procédé mort et un procédé vivant, la différence n'est pas la qualité de l'invention : c'est la transmission. Le Fresson a survécu parce qu'une famille l'a transmis ; le panotype est mort parce que personne ne l'a porté au-delà de sa génération.

C'est, en creux, tout le sens de notre travail de centre de formation : un procédé ne survit que s'il s'enseigne.

FAQ — Le panotype

Le panotype et l'ambrotype, quelle différence ?

Même chimie (collodion en positif direct), support différent : verre pour l'ambrotype, toile ou cuir ciré noir pour le panotype. L'ambrotype nécessite un fond sombre placé derrière le verre ; sur le panotype, le support souple joue lui-même ce rôle.

Peut-on encore faire réaliser un panotype ?

Non, à notre connaissance : aucun atelier au monde ne pratique aujourd'hui ce procédé. Les photographes attirés par le collodion se tournent vers l'ambrotype et le ferrotype, qui connaissent un renouveau réel.

Combien de panotypes ont survécu ?

Très peu — le craquèlement des supports a détruit la majorité des exemplaires. Les fonds documentés les plus notables identifiés récemment se trouvent aux National Archives britanniques (série BT 43/67, redécouverte de 2019).

Qui a inventé le panotype ?

La paternité est disputée entre Jean Nicolas Truchelut, élève de Daguerre, et les chimistes parisiens Wülff & Co., qui présentèrent le procédé à l'Académie des sciences en 1853. Aucun brevet n'a tranché la question.

Conclusion

Le panotype rappelle que l'histoire de la photographie n'est pas une marche triomphale : c'est aussi un cimetière de procédés brillants morts faute de transmission. À Maison Picturale, nous tirons, exposons et enseignons des procédés du XIXᵉ siècle — charbon, Van Dyke, gomme — en chimie entièrement non-toxique, parce que la meilleure façon d'honorer les morts est de garder les vivants en vie. Pour explorer les œuvres du patrimoine que nous retirons à l'atelier, la bibliothèque est ouverte.