L'atelier Fresson aujourd'hui : cinq générations à Savigny-sur-Orge
2026-09-01 · 7 min · Tristan Sidem & Raphaël Lebas de Lacour
À Savigny-sur-Orge, un atelier tire encore des photographies au charbon selon une méthode que sa famille garde depuis 1899. L'atelier Fresson n'est pas un souvenir de musée : c'est une entreprise en activité, dont l'histoire tient en un mot rare dans notre métier, la continuité. Cet article raconte ce que l'on sait de son présent, sans en dévoiler la chimie.
L'essentiel à retenir
- L'atelier Fresson a été fondé en 1899 à Dreux, avant de s'installer à Savigny-sur-Orge (Essonne).
- Cinq générations de la famille Fresson se sont succédé depuis 1899, selon l'histoire publiée par l'atelier lui-même.
- Michel Fresson a mis au point avec son père, vers 1950, les premiers tirages au charbon en couleur.
- Son fils a rejoint l'atelier en 1978, perpétuant depuis lors la tradition familiale.
- Le musée Nicéphore Niépce a consacré à l'atelier l'exposition « Paysage(s) Fresson(s) », du 17/02 au 19/05/2024.
Qu'est-ce que le procédé Fresson, en une phrase ?

Le tirage Fresson est un procédé pigmentaire au charbon, transmis en famille depuis 1899, réputé pour sa matière veloutée et sa permanence exceptionnelle (musée Nicéphore Niépce, 2024). Nous en avons déjà raconté l'histoire complète dans un premier article : ici, l'angle est différent, c'est celui de l'atelier vivant, aujourd'hui.
Le principe reste proche du charbon classique : une gélatine pigmentée, sensibilisée, exposée sous un négatif, puis développée par un lavage qui emporte sélectivement la gélatine non durcie. Ce que l'atelier Fresson garde pour lui, c'est le grain particulier de son papier au charbon, un savoir-faire de fabrication que la famille n'a jamais publié.
Où se trouve l'atelier aujourd'hui ?
L'atelier est installé au 21 rue de la Montagne Pavée, à Savigny-sur-Orge, dans l'Essonne, à une vingtaine de kilomètres au sud de Paris. La société est immatriculée sous le numéro RCS 349 002 709 (societe.com, Pappers, 2026), preuve administrative d'une activité continue.
L'atelier a quitté sa ville de naissance, Dreux, il y a plusieurs décennies, mais il n'a jamais quitté la famille qui l'a fondée. C'est ce déplacement géographique sans rupture de filiation qui rend l'histoire Fresson si singulière dans le paysage des procédés anciens.
Cinq générations : comment la transmission s'est-elle faite ?

Cinq générations de la famille Fresson se sont succédé depuis 1899, selon l'histoire publiée sur le site officiel de l'atelier, sans qu'aucun dirigeant actuel n'y soit nommé. Cette formulation prudente reflète ce que la famille elle-même choisit de rendre public.
Le récit que l'atelier raconte de lui-même part de Théodore-Henri Fresson, qui présente son procédé à la Société française de photographie en 1899. Sa femme Maria et leurs fils Pierre et Edmond reprennent ensuite l'atelier. Vient la génération suivante, celle de Micheline, Jacques, Colette et Monique. Puis Michel, fils de Pierre, qui met au point avec son père, vers 1950, les premiers tirages au charbon en couleur, une avancée technique majeure pour le procédé.
Son fils rejoint l'atelier en 1978. Le site officiel clôt ce récit par une phrase simple : « Depuis, ils continuent ensemble à perpétuer la tradition familiale. » Ce refus de nommer un unique héritier, dans un métier où la personnalisation autour d'un nom est la norme, dit peut-être quelque chose du rapport de la famille Fresson à son propre savoir : moins une signature qu'une garde partagée.
Nous avons nous-mêmes déjà comparé ce procédé, dans ses résultats visuels, à la gomme bichromatée et au charbon classique dans un article dédié.
À lire aussi : Tirage au charbon.
L'atelier a-t-il une reconnaissance institutionnelle ?
Oui : le musée Nicéphore Niépce, référence française de l'histoire photographique, a consacré à l'atelier une exposition monographique en 2024, preuve d'une reconnaissance patrimoniale au-delà du cercle des amateurs. L'exposition « Paysage(s) Fresson(s) » s'est tenue à Chalon-sur-Saône du 17 février au 19 mai 2024 (musée Nicéphore Niépce, 2024).
Cette exposition n'est pas passée inaperçue dans la presse spécialisée. Selon les comptes rendus de l'époque, plusieurs photographes contemporains y ont été montrés à travers des tirages réalisés par l'atelier, signe qu'un savoir-faire du XIXᵉ siècle continue d'irriguer une production actuelle. Dans notre pratique quotidienne du charbon à l'atelier, nous mesurons chaque jour combien il est rare qu'un procédé aussi exigeant traverse plus d'un siècle sans jamais s'être interrompu.
Pourquoi si peu de communication autour de l'atelier ?
La discrétion de l'atelier Fresson tranche avec la visibilité de son savoir-faire dans les collections et les musées, un choix cohérent avec une transmission pensée d'abord pour durer, pas pour se raconter. Aucun nom de dirigeant actuel n'est mis en avant sur les supports publics de l'atelier.
Ce silence n'est pas un mystère marketing : c'est une manière de rester ce que l'atelier a toujours été, une entreprise familiale qui travaille plutôt qu'elle ne communique. Pour un tireur d'art contemporain, cette discrétion a valeur d'exemple : la matière parle avant le nom qui la signe.
FAQ — L'atelier Fresson
L'atelier Fresson existe-t-il encore aujourd'hui ?
Oui, il est toujours en activité à Savigny-sur-Orge, dans l'Essonne, sous le numéro RCS 349 002 709. C'est l'un des rares ateliers photographiques du XIXᵉ siècle encore exploité par sa famille fondatrice.
Depuis combien de générations la famille Fresson perpétue-t-elle le procédé ?
Cinq générations de la famille Fresson se sont succédé depuis 1899, date de la présentation du procédé par Théodore-Henri Fresson à la Société française de photographie, selon l'histoire publiée par l'atelier lui-même. Aucun dirigeant actuel n'y est nommé publiquement.
Peut-on visiter l'atelier Fresson ?
Aucune information publique ne confirme un accueil du public à l'atelier de Savigny-sur-Orge. C'est un atelier de production, pas un lieu d'exposition permanent.
Qu'est-ce que l'exposition « Paysage(s) Fresson(s) » ?
Une exposition monographique consacrée à l'atelier, présentée par le musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Saône du 17 février au 19 mai 2024, qui a montré des tirages réalisés selon le procédé familial.
Le procédé Fresson est-il différent du charbon classique ?
Oui, sur des points précis de fabrication du papier que la famille garde secrets, même si les deux procédés partagent la même famille chimique pigmentaire. Nous en détaillons les nuances visuelles dans notre comparatif des procédés pigmentaires.
Conclusion
L'atelier Fresson nous rappelle qu'un savoir-faire photographique peut traverser un siècle sans se figer, à condition d'être porté par une lignée qui s'y engage vraiment. À Maison Picturale, nous tirons d'autres procédés pigmentaires, charbon et gomme bichromatée, en chimie entièrement non-toxique, dans le même esprit de transmission qu'incarne cet atelier voisin. Retrouver l'histoire complète du procédé Fresson et ses variantes dans notre bibliothèque.