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La Photo-Secession : Stieglitz, la galerie 291 et Camera Work (1902-1917)

2026-09-01 · 8 min · Tristan Sidem & Raphaël Lebas de Lacour

La Photo-Secession est le mouvement qui a imposé, à New York au tout début du XXᵉ siècle, l'idée qu'une photographie pouvait être une œuvre d'art à part entière. Fondée en 1902 par Alfred Stieglitz, elle s'est donné une galerie, la « 291 », et une revue, Camera Work, pendant quinze ans. Cet article raconte cette aventure collective, de sa fondation à sa dissolution en 1917, et pourquoi elle reste une référence pour quiconque s'intéresse aux procédés pigmentaires qu'elle a portés.

L'essentiel à retenir

  • La Photo-Secession est fondée par Alfred Stieglitz à New York en 1902 (Britannica), avec Gertrude Käsebier, Alvin Langdon Coburn, Frank Eugene, Edward Steichen et Clarence H. White parmi ses membres fondateurs.
  • Le mouvement naît d'une dissidence du Camera Club de New York, jugé trop conservateur par les partisans du pictorialisme.
  • La revue Camera Work paraît de 1903 à 1917, 50 numéros au total, le dernier (double 49-50) publié en juin 1917 et consacré aux premières images de Paul Strand.
  • La galerie « 291 » (Little Galleries of the Photo-Secession) ouvre en novembre 1905 au 291 Fifth Avenue, aménagée par Steichen.
  • Le mouvement se dissout en 1917, dans le contexte de la Première Guerre mondiale, en même temps que ferment la galerie et la revue.

Qu'est-ce que la Photo-Secession ?

Stieglitz, Steichen et Kühn admirant l'œuvre de Frank Eugene, 1907
Stieglitz, Steichen et Kühn admirant l'œuvre de Frank Eugene, 1907

La Photo-Secession est un groupe de photographes new-yorkais fondé en 1902 par Alfred Stieglitz, réunis pour défendre la photographie comme un art à part entière (Britannica, Tate). Le nom lui-même revendique une rupture : « se sécessionner » des institutions photographiques jugées trop académiques.

Le noyau fondateur rassemble des noms que nous croisons souvent dans ce Journal : Gertrude Käsebier, Alvin Langdon Coburn, Frank Eugene, Edward Steichen et Clarence H. White, tous dissidents du Camera Club de New York (EBSCO Research Starters). Leur reproche : un club plus attaché aux concours techniques qu'à la reconnaissance artistique de la photographie.

Le geste s'inscrit dans un mouvement plus large, celui du pictorialisme qui traverse déjà l'Europe depuis une décennie avec le Linked Ring londonien ou le Photo-Club de Paris. La Photo-Secession en est la version américaine, organisée autour d'un homme, Stieglitz, et d'un outil éditorial d'une exigence rare pour l'époque.

Pourquoi Camera Work a-t-elle marqué l'histoire de l'édition photographique ?

Alfred Stieglitz, L'Entrepont (The Steerage), photogravure, 1907
Alfred Stieglitz, L'Entrepont (The Steerage), photogravure, 1907

Camera Work a paru pendant quatorze ans, de 1903 à 1917, sur un total de 50 numéros, avec une exigence de fabrication rare pour une revue photographique de l'époque (Art Institute of Chicago). Chaque numéro proposait des photogravures tirées avec un soin proche du tirage original.

Stieglitz conçoit la revue comme le prolongement éditorial du mouvement : elle publie les images des membres de la Photo-Secession, mais aussi des textes critiques qui construisent, numéro après numéro, un discours sur la photographie comme art. C'est dans ses pages que Robert Demachy publiera en 1907 son essai sur la matière et le tirage, que nous racontons ailleurs dans ce Journal.

Le dernier numéro, un double 49-50 daté de juin 1917, marque un tournant plutôt qu'une fin en soi : il présente les premières photographies publiées de Paul Strand, jeune photographe qui incarnera la génération suivante, celle de la photographie directe (Art Institute of Chicago). La revue s'arrête là, sans repreneur.

Que représentait la galerie 291 pour les photographes de l'époque ?

La galerie « 291 », ouverte en novembre 1905 au 291 Fifth Avenue à New York, a offert à la Photo-Secession un lieu d'exposition permanent, aménagé par Edward Steichen (Art Institute of Chicago, Britannica). Son nom officiel, Little Galleries of the Photo-Secession, dit bien son rôle : montrer le travail du mouvement, sur ses propres murs, sans dépendre du bon vouloir d'un jury de salon.

Stieglitz y expose d'abord les photographes de son cercle, puis élargit rapidement la programmation à la peinture et au dessin modernes, faisant de 291 l'un des tout premiers lieux américains à montrer Cézanne, Matisse ou Picasso. La galerie devient un carrefour entre photographie et art moderne, bien au-delà de son objet de départ.

Cette porosité entre médiums, entre un lieu pensé pour la photographie et une programmation qui s'ouvre à la peinture d'avant-garde, préfigure une idée que nous défendons encore aujourd'hui : un tirage n'a de sens que montré, dans un espace pensé pour lui.

Pourquoi le mouvement s'est-il dissous en 1917 ?

Gertrude Käsebier, portrait de Clarence H. White, tirage platine, c. 1908
Gertrude Käsebier, portrait de Clarence H. White, tirage platine, c. 1908

La Photo-Secession se dissout en 1917, année où s'arrêtent simultanément Camera Work et la galerie 291, dans le contexte de la Première Guerre mondiale (Art Institute of Chicago). Quinze ans après sa fondation, le mouvement a rempli son objectif : la photographie est reconnue comme un art.

La guerre bouleverse le marché de l'art new-yorkais et les priorités de Stieglitz lui-même, qui se tourne vers d'autres projets d'exposition. Mais la dissolution tient aussi à une évolution plus profonde : la génération de Paul Strand, présentée dans le dernier numéro de la revue, porte déjà une esthétique différente, plus directe, moins pictorialiste.

Les membres de la Photo-Secession poursuivent chacun leur route : Clarence H. White ouvre sa propre école de photographie dès 1914, Gertrude Käsebier continue son travail de portraitiste, Frank Eugene enseigne en Allemagne. Le mouvement disparaît comme structure, pas comme influence.

FAQ — La Photo-Secession

Qui a fondé la Photo-Secession ?

Alfred Stieglitz fonde la Photo-Secession à New York en 1902, avec Gertrude Käsebier, Alvin Langdon Coburn, Frank Eugene, Edward Steichen et Clarence H. White, tous dissidents du Camera Club de New York (EBSCO Research Starters).

Qu'est-ce que la galerie 291 ?

C'est la galerie de la Photo-Secession, ouverte en novembre 1905 au 291 Fifth Avenue à New York et aménagée par Edward Steichen. Elle a rapidement élargi sa programmation à l'art moderne européen.

Combien de numéros de Camera Work ont été publiés ?

50 numéros, publiés de 1903 à 1917. Le dernier, un double 49-50 daté de juin 1917, présentait les premières photographies publiées de Paul Strand (Art Institute of Chicago).

Pourquoi la Photo-Secession s'est-elle arrêtée en 1917 ?

La revue, la galerie et le mouvement s'arrêtent la même année, dans le contexte de la Première Guerre mondiale, alors qu'une nouvelle génération de photographes, dont Paul Strand, porte déjà une esthétique différente.

La Photo-Secession et le pictorialisme européen, quel rapport ?

La Photo-Secession est la version américaine d'un mouvement plus large qui traverse déjà l'Europe, porté par le Linked Ring londonien et le Photo-Club de Paris. Les mêmes questions y circulent : la photographie est-elle un art, et à quelles conditions ?

Conclusion

Quinze ans après sa fondation, la Photo-Secession laisse derrière elle une revue exemplaire, une galerie devenue mythique et une génération entière de photographes, dont plusieurs, comme Gertrude Käsebier, Clarence H. White et F. Holland Day, ont marqué durablement le tirage au platine. C'est cette exigence de fabrication, plus que le geste au moment de la prise de vue, que nous cherchons à prolonger à l'atelier avec une chimie entièrement non-toxique. Pour découvrir les procédés qu'ils pratiquaient, la bibliothèque des maîtres présente leurs portraits.