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Robert Demachy : la matière contre le net

2026-09-01 · 8 min · Tristan Sidem & Raphaël Lebas de Lacour

Robert Demachy (1859-1936) n'a jamais cherché à prouver que la photographie pouvait être nette. Il a cherché, toute sa vie, à prouver le contraire : qu'une image argentique pouvait porter la trace de la main, comme un fusain ou une eau-forte. La gomme bichromatée a été son arme. Cet article se concentre sur un seul angle, la matière opposée au net, sans reprendre la biographie complète que porte déjà notre fiche Robert Demachy.

L'essentiel à retenir

  • Demachy adopte la gomme bichromatée dès 1894, introduite en France par Rouillé-Ladevèze, et l'expose au Photo-Club de Paris dès 1895.
  • En 1897, il co-signe avec Alfred Maskell le traité « Photo-Aquatint or the Gum Bichromate Process », premier manuel de référence du procédé.
  • Son essai « On the Straight Print » paraît dans Camera Work n°19, juillet 1907 (p. 21-24), en plein débat sur la photographie « pure ».
  • Avec Constant Puyo, il publie un traité commun sur les procédés d'art, gomme et huile compris.
  • Le Metropolitan Museum conserve plusieurs de ses tirages majeurs, dont « Struggle » et « Speed » (1904).

Pourquoi Demachy a-t-il choisi la gomme bichromatée ?

Au jardin, Constant Puyo, 1906 — gomme bichromatée, l'autre maître français du procédé
Au jardin, Constant Puyo, 1906 — gomme bichromatée, l'autre maître français du procédé
Étude en rouge, Robert Demachy, 1898 — la couleur pigmentaire comme geste, pas comme accident.
Étude en rouge, Robert Demachy, 1898 — la couleur pigmentaire comme geste, pas comme accident.

Demachy adopte la gomme dès 1894, l'année où Rouillé-Ladevèze l'introduit en France, et l'expose au Photo-Club de Paris dès 1895. Le procédé lui offre ce qu'aucun tirage argentique classique ne permet : reprendre l'image au pinceau, effacer une zone, épaissir un grain de pigment.

La gomme bichromatée repose sur un mélange de gomme arabique, de pigment et de dichromate, étalé à la main sur le papier. Le photographe contrôle le durcissement de la couche pigmentaire par l'exposition, mais aussi par retouche directe après tirage. C'est cette part de geste manuel, impossible en argentique pur, qui séduit Demachy : elle rapproche l'épreuve du dessin.

Il ne travaille pas seul. Avec Constant Puyo, autre pilier du Photo-Club de Paris, il publie un traité commun consacré aux procédés d'art, gomme et huile comprises. Les deux hommes défendent une même conviction : la photographie ne vaut que si elle assume d'être une interprétation, pas un simple enregistrement.

Qu'a écrit Demachy dans « On the Straight Print » en 1907 ?

Un modèle, Robert Demachy, 1906 — la matière du tirage prime sur l'enregistrement optique.
Un modèle, Robert Demachy, 1906 — la matière du tirage prime sur l'enregistrement optique.

Demachy publie « On the Straight Print » dans Camera Work n°19, en juillet 1907 (pages 21 à 24), un texte qui s'inscrit dans le débat ouvert par l'essai de Sadakichi Hartmann « A Plea for Straight Photography » (1904). Le titre annonce déjà le camp qu'il refuse : le tirage « droit », sans intervention.

Nous ne reproduisons pas de citation extraite de cet essai : le texte intégral est consultable sur archive.org et sur les archives numériques de l'université de Heidelberg, et mérite d'être lu directement plutôt que résumé de mémoire. Ce que l'on peut affirmer avec certitude, c'est le contexte : en 1907, la revue d'Alfred Stieglitz sert de tribune à une querelle qui oppose deux visions de la photographie, l'une documentaire, l'autre picturale.

Demachy se situe sans ambiguïté du côté pictural. Sa pratique de la gomme, depuis plus d'une décennie déjà, en est la démonstration concrète : il ne défend pas une idée abstraite, il l'illustre depuis 1894 sur le papier.

À lire aussi : Photo-Club de Paris et le pictorialisme européen.

Quelles œuvres et quels écrits résument cette position ?

Sévérité, Robert Demachy, 1904 — matière pigmentaire dense, la même année que Struggle et Speed.
Sévérité, Robert Demachy, 1904 — matière pigmentaire dense, la même année que Struggle et Speed.

Le traité « Photo-Aquatint or the Gum Bichromate Process », co-écrit avec Alfred Maskell en 1897, fixe pour la première fois une doctrine et un mode d'emploi du procédé. Il fait de Demachy une autorité reconnue bien au-delà du cercle français, dans un moment où la gomme reste encore une curiosité pour la plupart des photographes.

Ses tirages conservés au Metropolitan Museum de New York, notamment « Struggle » et « Speed » (1904), illustrent cette matière revendiquée : contours estompés, grain pigmentaire visible, silhouettes qui semblent émerger d'un fond travaillé plutôt qu'enregistré. Le musée conserve aussi un portrait de groupe où Demachy figure aux côtés de Puyo, trace visuelle d'une complicité qui a structuré tout le mouvement pictorialiste français.

Né le 7 juillet 1859 à Saint-Germain-en-Laye et mort le 29 décembre 1936 à Hennequeville, Demachy a mené cette bataille esthétique pendant plus de quarante ans, sans jamais renoncer à la gomme au profit d'une pratique plus « pure ».

FAQ — Robert Demachy et la gomme bichromatée

Qu'est-ce que la gomme bichromatée en quelques mots ?

Un procédé pigmentaire où gomme arabique, pigment et dichromate durcissent sous la lumière, avec une couche que le photographe peut retoucher à la main après exposition. C'est ce contrôle manuel qui en fait l'outil de prédilection de Demachy.

Depuis quand Demachy pratique-t-il la gomme ?

Depuis 1894, année de son introduction en France par Rouillé-Ladevèze. Il l'expose dès 1895 au Photo-Club de Paris, un an après en avoir adopté la pratique.

Que dit exactement « On the Straight Print » ?

L'essai paraît dans Camera Work n°19 (juillet 1907, p. 21-24). Le texte intégral est disponible sur archive.org ; nous préférons renvoyer à la source plutôt que de citer de mémoire un passage.

Demachy travaillait-il seul sur ces questions ?

Non. Il collabore étroitement avec Constant Puyo, avec qui il publie un traité commun sur les procédés d'art, et fréquente le cercle du Photo-Club de Paris fondé en 1888.

Où voir des tirages originaux de Demachy ?

Le Metropolitan Museum de New York conserve plusieurs pièces majeures, dont « Struggle » et « Speed » (1904). Pour la biographie complète, notre fiche Robert Demachy reste la référence.

Conclusion

Demachy incarne, mieux que quiconque, l'idée que la photographie peut assumer sa matière plutôt que la masquer. C'est exactement ce que nous pratiquons à l'atelier avec la gomme bichromatée, aujourd'hui en chimie non-toxique, sans jamais renier ce que Demachy défendait dès 1894 : une image qui porte la trace du geste. Pour retrouver son parcours complet, direction notre bibliothèque des maîtres ; pour faire tirer une œuvre en gomme, notre atelier de tirage sur mesure est à disposition.