Anna Atkins : le premier livre illustré de photographies
2026-09-01 · 7 min · Tristan Sidem & Raphaël Lebas de Lacour
En octobre 1843, une botaniste anglaise publie le premier livre au monde entièrement illustré de photographies. Elle s'appelle Anna Atkins, son sujet est les algues britanniques, et son procédé est le cyanotype. Ce détail chronologique a longtemps été éclipsé par un nom plus célèbre : celui de William Henry Fox Talbot. Nous racontons ici pourquoi Atkins mérite d'être connue en premier.
L'essentiel à retenir
- « Photographs of British Algae: Cyanotype Impressions » paraît à partir d'octobre 1843, en livraisons échelonnées jusqu'en 1853.
- C'est le premier livre illustré de photographies connu, précédant de quelques mois « The Pencil of Nature » de Talbot (1844).
- Atkins choisit le cyanotype, un procédé au bleu de Prusse mis au point par John Herschel un an plus tôt.
- Moins d'une vingtaine d'exemplaires connus ont survécu, dont une partie seulement sont complets.
- L'exemplaire de la New York Public Library, issu de la collection Spencer, a appartenu à John Herschel lui-même.
Pourquoi Anna Atkins précède-t-elle Talbot ?


Anna Atkins publie la première livraison de « Photographs of British Algae: Cyanotype Impressions » en octobre 1843, quelques mois avant que William Henry Fox Talbot ne fasse paraître « The Pencil of Nature » en 1844. Cet écart de quelques mois suffit à faire d'Atkins l'autrice du premier livre illustré de photographies au monde.
L'ouvrage n'est pas un coup isolé. Sa publication s'étale sur une décennie, de 1843 à 1853, au rythme des espèces qu'Atkins documente. Chaque planche est un cyanotype original, pas une reproduction imprimée : Atkins pose l'algue séchée directement sur le papier sensibilisé, l'expose à la lumière, puis rince. Le résultat est une silhouette blanche sur fond bleu de Prusse, d'une précision suffisante pour servir d'illustration botanique scientifique.
Ce choix du cyanotype n'est pas anodin. John Herschel, ami de la famille Atkins, venait tout juste de mettre au point le procédé, en 1842. Anna Atkins en fait l'un des tout premiers usages documentés à des fins scientifiques, un an à peine après son invention.
Que contient exactement British Algae ?


Le livre documente des centaines d'espèces d'algues britanniques, chaque planche associant le cyanotype de la plante à son nom scientifique manuscrit. Atkins, formée à l'illustration botanique par son père John George Children, cherchait un moyen plus fidèle que le dessin pour représenter des formes végétales complexes et fragiles.
Le cyanotype répondait exactement à ce besoin : contact direct entre l'objet et le papier, sans intermédiaire de dessin, donc sans déformation possible. Pour une botaniste soucieuse d'exactitude scientifique, la photographie n'était pas un art nouveau à explorer, elle était l'outil le plus honnête disponible.
À lire aussi : Le cyanotype, principe et histoire.
Combien d'exemplaires de l'ouvrage existent aujourd'hui ?
Moins d'une vingtaine d'exemplaires connus ont traversé les décennies, et une partie seulement d'entre eux sont complets. Chaque exemplaire étant composé de tirages photographiques originaux et non d'une impression mécanique, la rareté de l'ouvrage tient à sa nature même : reproduire un exemplaire demandait de refaire, planche par planche, tout le travail photographique.
L'exemplaire conservé à la New York Public Library, dans la collection Spencer, compte parmi les plus complets connus. Il a la particularité d'avoir appartenu à John Herschel lui-même, l'inventeur du procédé qu'Atkins avait mis au service de la botanique. Le Metropolitan Museum de New York en conserve également un exemplaire.
L'ensemble de l'ouvrage est aujourd'hui consultable en ligne, planche par planche, via les collections numériques de la NYPL et via le Public Domain Review, ce qui permet à quiconque de feuilleter ce qui reste l'un des objets fondateurs de l'histoire du livre photographique.
FAQ — Anna Atkins et British Algae
Anna Atkins est-elle vraiment la première ?
Elle publie sa première livraison en octobre 1843, quelques mois avant « The Pencil of Nature » de Talbot (1844). Sur cette base chronologique, British Algae est considéré comme le premier livre illustré de photographies.
Qu'est-ce que le cyanotype utilisé par Atkins ?
Un procédé photographique au bleu de Prusse, inventé par John Herschel en 1842. L'objet posé sur le papier sensibilisé y laisse une empreinte blanche sur fond bleu après exposition et rinçage.
Combien de temps a duré la publication de l'ouvrage ?
Dix ans : de la première livraison en octobre 1843 jusqu'à la dernière en 1853. Atkins documentait les espèces au fur et à mesure de ses recherches botaniques.
Où peut-on voir l'ouvrage aujourd'hui ?
L'exemplaire de la New York Public Library, issu de la collection Spencer et ayant appartenu à John Herschel, est numérisé en ligne. Le Metropolitan Museum de New York en conserve également un exemplaire.
Pourquoi si peu d'exemplaires ont-ils survécu ?
Parce que chaque planche était un tirage photographique original, pas une impression mécanique reproductible en masse. Moins d'une vingtaine d'exemplaires sont connus aujourd'hui, dont une partie seulement complets.
Conclusion

Anna Atkins a fait du cyanotype un outil scientifique avant qu'il ne devienne un procédé d'art, et elle a devancé Talbot sans jamais chercher la postérité. C'est cette même exigence de fidélité au sujet que nous retrouvons aujourd'hui dans le cyanotype tiré à l'atelier, en chimie non-toxique. Pour découvrir son parcours complet, notre fiche Anna Atkins est disponible dans la bibliothèque des maîtres.