Petit format, bichromate de potassium : mes débuts
2022-01-14 · 3 min · Tristan Sidem
Mes premiers tirages en gomme bichromatée tenaient dans une boîte à chaussures. Petit format, matériel minimal, une chambre noire improvisée — et un produit que j'utilisais parce que c'était la recette transmise depuis un siècle : le bichromate de potassium.
À l'époque, je ne me posais pas beaucoup de questions. Le bichromate rend la gomme arabique sensible à la lumière, c'est la base du procédé depuis les années 1850. On mélange, on enduit, on expose, on développe à l'eau. Le résultat — un grain pigmentaire, une matière qu'aucun tirage argentique classique n'obtient — valait largement qu'on s'attarde sur la technique plutôt que sur la sécurité.
Avec le recul, ce que je retiens surtout, c'est l'écart entre l'attention portée au geste et celle portée au produit. Je savais doser ma solution au gramme près, régler mon temps d'exposition à la minute. Je ne savais presque rien de ce que je manipulais : que le chrome hexavalent contenu dans le bichromate de potassium est classé cancérogène, mutagène et reprotoxique (CMR), et qu'il traverse la peau.
Ce n'est pas un regret formulé après coup pour les besoins d'un article. C'est le point de départ réel d'une trajectoire de dix ans qui m'a mené, par étapes, vers une chimie entièrement non toxique — sans jamais renoncer à la matière pigmentaire qui rend ces procédés uniques. Le prochain article de cette série revient sur ce que dit précisément la réglementation sur ce produit, et pourquoi son usage n'est plus défendable aujourd'hui dans un atelier professionnel.