Le déclic non toxique : repenser sa chimie
2023-01-19 · 3 min · Tristan Sidem
Il n'y a pas eu un seul déclic mais une accumulation : lire la fiche toxicologique du chrome hexavalent en entier plutôt qu'en diagonale, sentir les effets d'une exposition mal ventilée un jour de forte chaleur, et surtout commencer à envisager sérieusement de faire de ce métier une activité professionnelle durable — pas seulement une pratique personnelle en petit format.
C'est ce dernier point qui a vraiment fait basculer la réflexion. Tant que je tirais pour moi, en petits formats occasionnels, le risque me semblait gérable, presque abstrait. Dès que j'ai imaginé un atelier ouvert, avec du volume, potentiellement des stagiaires en formation à mes côtés, la question n'était plus « est-ce que j'accepte ce risque pour moi » mais « est-ce que je peux imposer ce risque à quelqu'un d'autre, régulièrement, pendant des années ». La réponse a été non.
À partir de là, la question professionnelle est devenue une question de conception : est-ce qu'on peut obtenir la même matière pigmentaire, le même grain, la même profondeur qu'avec le bichromate, mais avec une chimie qui ne soit plus classée CMR ? Je n'avais pas encore de réponse technique à ce moment-là — seulement la certitude que je ne construirais pas mon activité sur le bichromate de potassium, quelle que soit la qualité du rendu qu'il permettait.
Cette certitude a orienté toute la suite : d'abord une recherche de solution de substitution, qui aboutira un an plus tard au procédé que nous appelons aujourd'hui Aquaprint.