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Expliquer un procédé « propre » à qui connaît la chimie toxique

2023-11-09 · 3 min · Tristan Sidem

Une fois l'Aquaprint au point, il a fallu apprendre à en parler — notamment à des photographes déjà familiers de la gomme bichromatée traditionnelle, qui arrivaient avec des réflexes construits sur le bichromate de potassium. C'est un public particulier à former : ni débutant complet, ni novice sur le procédé, mais porteur d'habitudes qu'il faut parfois désapprendre plutôt que compléter.

Le premier réflexe à corriger était le rapport à la précaution. Un praticien du bichromate a intégré des gestes de protection — gants, ventilation, prudence sur les projections — qui deviennent, avec une chimie non toxique, disproportionnés sans être inutiles pour autant. Expliquer qu'on peut relâcher certaines contraintes sans tomber dans la négligence demande de la nuance : ce n'est pas « plus rien à craindre », c'est « un risque d'un autre ordre ».

Le second réflexe portait sur le doute technique : beaucoup demandaient si un procédé non toxique pouvait vraiment atteindre la même qualité de matière. C'est une question légitime, à laquelle on ne répond pas par l'argument mais par l'exemple — poser un tirage Aquaprint à côté d'un tirage en gomme bichromatée classique et laisser le stagiaire juger lui-même.

Cette expérience de formation, encore informelle à l'époque — avant l'ouverture d'un atelier structuré — a été la première où j'ai compris que transmettre un procédé, ce n'est pas transmettre une recette : c'est aussi transmettre, ou déconstruire, un rapport au risque.